Ce matin encore, j’ai reçu à mon bureau un entrepreneur qui s’est lancé en affaires avant de consulter un professionnel. En effet, j’ai remarqué que la majorité des entrepreneurs font cette erreur coûteuse. Mon cousin qui étudie en comptabilité m’a dit ceci, l’ami de ma sœur qui fait des impôts m’a conseillé cela… J’entends souvent ce genre de commentaires, mais malheureusement, comme dans le cas de mon client de ce matin, l’erreur coûte cher.

Mise en contexte

Mon client est venu me consulter pour s’informer sur les tarifs de tenue de livres et déclaration de revenus. Il est incorporé depuis un peu plus d’un mois. Après avoir discuté avec lui, je réalise qu’une incorporation n’est pas du tout la forme d’entreprise idéale pour lui. Il n’est pas dans un domaine où il risque des poursuites judiciaires et ne planifie pas faire un très grand revenu (même s’il en rêve).

Quand s’incorporer?

En fait, parmi la multitude de critères qu’on regarde pour déterminer si une incorporation est avantageuse pour un client, il y en a deux qui sont essentiels :

  • Haut revenu : On conseille l’incorporation pour une personne qui fait plus d’argent qu’elle n’en a besoin pour vivre.

Par exemple, un entrepreneur qui a besoin de 50 000 $ par année pour payer l’hypothèque, prêts, épicerie, sorties… Alors qu’il fait 200 000 $ de profit. Dans ce cas, notre entrepreneur a le choix, soit il paie 19 % sur 150 000 $ ou bien il sort tout et paie 50 %. La différence est énorme.

  • Protection du patrimoine : Certains entrepreneurs travaillent dans un domaine où ils risquent des poursuites judiciaires.

Prenons l’exemple d’un fiscaliste qui donne de mauvais conseils à un client, ce qui coûte à ce dernier 100 000 $. La mise en demeure ne se fera pas attendre. Si le client gagne sa cause, le fiscaliste risque toute sa situation personnelle et ça peut malheureusement le mener à la faillite. S’il est incorporé, il risque « seulement » son entreprise.

Pourquoi n’était-ce pas adapté à mon client?

Mon client œuvre dans le domaine de l’aménagement paysager (entretien de gazon, déneigement…)

Selon son plan d’affaires, il pense être à perte la première année, maigre profit la 2ème et une augmentation constante de profit par la suite sans jamais dépasser 100 000$ dans les 4 premières années. Déjà en partant, il n’y a pas d’avantage fiscal, car il ne planifie pas garder d’économies au sein de l’entreprise.

Entre vous et moi, personne ne poursuivra mon client pour avoir mal déneigé sa cour avant. Il ne risque donc pas la faillite à cause d’une poursuite judiciaire.

Pour ces deux raisons seulement, il est inutile de s’incorporer. Non seulement c’est inutile, mais complètement désavantageux. En effet, mon client a consulté un notaire pour l’incorporer en échange de 850$. Avec un comptable, les frais de comptabilité pour une entreprise comme la sienne oscillent entre 2 500$ et 3 500$ annuellement. Mon client vient de perdre 4 000$ dès la première année pour des frais professionnels qui auraient pu être évités en tant qu’entreprise enregistrée.

Il est également important de savoir que la comptabilité d’une entreprise incorporée est plus complexe que celle d’une entreprise enregistrée. Il faut donc aussi prendre en compte le coût en temps.

Quelle est la solution?

J’ai proposé à mon client deux options :

  • Exploiter une entreprise enregistrée et garder l’entreprise incorporée de côté jusqu’au jour où il fera un grand profit. Mais il n’aura d’autre choix que de produire ses déclarations de revenus annuellement et payer 89$ au registraire des entreprises.
  • La 2ème option est un choix déchirant, celui de radier l’entreprise et réincorporer une autre entreprise dans au moins 4 ans, lorsque les profits seront considérables ou bien lorsqu’une vente sera envisagée.

Lorsqu’une incorporation devient avantageuse, il sera alors possible de transférer tous les actifs à l’entreprise (déneigeuse, tondeuse…). Rien n’est donc perdu.

En conclusion

Il est fortement conseillé de toujours consulter quelques experts avant de démarrer son entreprise. Je suis convaincu que les autres experts seront d’accord, qu’ils soient en marketing, dans le légal, le financement, ou autre. Dépenser pour des consultations DOIT être considéré comme un investissement.